Un budget participatif par commune (2)

Un budget public réellement participatif est-il donc possible en Belgique? Oui, pour autant que l’on sorte d’une certaine logique « paternaliste » qui verrait dans le budget participatif une petite enveloppe financière destinée à de petits projets citoyens d’amélioration du cadre de vie. Le point crucial pour qu’un budget participatif soit crédible démocratiquement est qu’il vise une réappropriation par les citoyens des enjeux de la politique communale. Il doit être conçu comme un moment d’une démarche plus large (voir à cet égard l’exemple de Grenoble) dont l’objectif réside dans l’acquisition d’une réelle expérience politique par les citoyens et leur émancipation continue.

Il implique alors notamment, selon l’évaluation menée par Periferia (citée dans le billet précédent), une compréhension globale du budget communal et des priorités qui s’y jouent, des montants significatifs à l’échelle de ce budget, une implication de la population voulue et favorisée par divers moyens, un débat sur les priorités à partir d’intérêts multiples et enfin une élaboration et une révision des règles du dispositif par les participants eux-mêmes. Nous reprenons ci-dessous les « défis » en la matière soulignés par cette étude. Même si nous n’en partageons pas nécessairement tous les termes, ils permettent en tout cas de mieux cerner ce qu’est l' »esprit » d’un budget réellement participatif.

Défis autour de la volonté politique pour un budget participatif en Belgique

  • Permettre une définition collective de l’utilisation du budget communal ou régional, en partie ou dans sa totalité, voire de manière progressive.
  • Trouver un équilibre entre, d’une part, les dimensions d’apprentissage budgétaire pour les citoyens et, d’autre part, le processus de réflexion politique, sociale et économique entre citoyens et pouvoirs publics qui permettra de définir des priorités pour la commune ou la région.

Défis autour des montants à mettre en débat pour du budget participatif en Belgique

  • Garantir un lien permanent entre la part du budget mis en débat participatif et l’exercice budgétaire global de la commune. En veillant à ce que le citoyen, pour arriver à participer aux choix d’utilisation des ressources publiques, se familiarise avec les finances publiques et en comprenne davantage tous les enjeux.
  • Mettre en débat un montant significatif en termes d’enjeux, qui permette aux citoyens d’avoir une réelle influence sur l’évolution de leur commune ou région.
  • Impliquer les services communaux (publics) dans le processus de budget participatif pour en faire une démarche qui associe tous les acteurs et qui s’inscrive comme mode d’action de la commune (ou de l’institution).

Défis autour de la mobilisation de la population pour du budget participatif en Belgique

  • Développer un ensemble diversifié de modalités de sensibilisation de la population à l’importance des finances publiques pour montrer l’intérêt d’y prendre part. Les démarches d’alphabétisation budgétaire constituent une piste dans ce sens, en veillant aussi à y impliquer les plus jeunes.
  • Donner suffisamment d’enjeux au budget participatif pour que les citoyens perçoivent l’importance de s’y impliquer, ce qui peut passer par les montants mis en débat et les thèmes auxquels ils seront consacrés.

Défis autour des croisements d’intérêts pour du budget participatif en Belgique

  • Construire des expériences qui progressivement arriveront à faire se croiser les publics, les territoires et les thématiques : il s’agit d’abord d’une volonté à affirmer, mais aussi de modalités pratiques à mettre en œuvre pour que ces différents croisements puissent s’opérer.
  • Permettre que le débat autour des investissements publics puisse s’adresser à tout le monde, et pas seulement les personnes « concernées » ou les spécialistes.

Défis autour de la construction des règles pour du budget participatif en Belgique

  • S’appuyer sur des partenariats et compétences partagées entre pouvoirs publics et associations pour construire des expériences où le mode de fonctionnement de la démarche est débattu et adapté au fil du temps.
  • Veiller à inclure tous les participants dans ces moments de réflexion sur les règles et les modalités de fonctionnement d’un budget participatif, afin de ne pas en faire un objet technocratique, mais une élaboration collective prenant en compte les points de vue divers.

En conclusion, un budget participatif, conçu comme un (des) outil(s) d’émancipation des citoyens, nous paraît bien en mesure, dès lors qu’il rend les institutions politiques moins hermétiques et moins hiérarchiques, de contribuer à leur appropriation par les citoyens. Il est en tout cas essentiel, si l’on veut renforcer la démocratie et lutter contre toutes les formes de démagogie, de sortir de cette attitude paradoxale – que l’on rencontre malheureusement souvent, vu la perte de confiance dont ils sont l’objet, parmi les élus et dans les partis politiques – qui consiste à « encourager au maximum une participation minimale » (C. Crouch, Post-démocratie). Il ne s’agit plus seulement aujourd’hui d’espérer un tel « soutien passif » de la population, mais bien plutôt d’encourager au maximum une participation maximale! Pour cela, commençons par créer dans chaque commune un budget (réellement) participatif.

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